L'essentiel. Une erreur d'exécution est un écart ponctuel qui disparaît souvent seul au deuxième ou au troisième essai, alors qu'un problème moteur dure, résiste aux corrections et revient sur d'autres exercices malgré des conditions favorables. Quand le problème est réel, refaire le geste au ralenti et sans charge sépare le manque de capacité (le corps ne peut pas) du manque d'apprentissage (il pourrait, mais ne perçoit pas comment). Ce tri est une grille de terrain, et son meilleur appui indirect (Winstein et Schmidt, 1990) est lui-même discuté par une méta-analyse de 2022 (McKay et collègues).
Une erreur technique en sport, tu la repères en une fraction de seconde, bien avant de savoir ce qu'elle veut dire. Sur un parquet, un joueur enchaîne des changements de direction. La force est là, son préparateur l'a mesurée au test la semaine d'avant. À chaque appui pourtant, le pied fuit vers l'extérieur et le genou rentre, avec ce crissement de semelle qui dérape. Le réflexe part tout seul : on recharge à la salle et on ajoute du volume. Trois semaines plus tard, rien n'a bougé, et tombe la question classique : « Il le sait pourtant, pourquoi il le fait pas ? »
J'ai expliqué dans l'article pilier sur l'apprentissage moteur pourquoi le geste est une sortie, et pourquoi raboter la forme ne touche pas à ce qui l'a produite. Ici, je zoome sur la seconde d'avant, celle où tu vois l'écart et où la consigne est déjà dans ta bouche. Ce que tu prends pour une faute est souvent une solution, ou un écart qui allait partir seul, et le tri passe avant la correction.
Ce tri, je l'enseigne aussi dans « Comment on apprend à bouger », le parcours offert que j'ai construit pour le LabO RNP, gratuit, environ deux heures.
Une erreur d'exécution, c'est un écart ponctuel entre ce que le sportif voulait faire, et qui était juste, et ce qui est sorti. Elle va et vient, surtout sous la fatigue, et la plupart du temps elle s'efface au deuxième ou au troisième essai sans que personne ait rien dit. J'ai raconté dans l'article sur la correction d'un geste technique ce latéral qui part de travers sur un départ court, l'épaule qui plonge, puis sort ses deux départs suivants propres. Son entraîneur avait une consigne prête, et s'il l'avait criée, il aurait corrigé du vent.
On corrige le même vent au bord d'une marelle, quand une fille de huit ans mord la ligne une fois et que l'adulte à côté parle déjà de coordination. Un pied sur la ligne, une fois, ça arrive à n'importe quel enfant qui joue.
Nommer ce genre d'écart coûte plus qu'une phrase pour rien. Chaque correction dit aussi au sportif qu'il ne sait pas se corriger seul : son système avait commencé à ajuster, et tu as pris sa place. À la longue, il apprend à attendre ta voix, et tu lui retires le signal qui le fait progresser. D'où le premier geste du tri, le plus simple : laisse passer trois essais sans rien nommer, et regarde ce qui tient encore au troisième.
Le problème moteur, tu le reconnais à ce qu'il dure. Essai après essai, dans des conditions favorables, le sportif n'arrive pas à sortir une solution qui marche. Tes corrections glissent dessus, et tu le retrouves le lendemain à l'échauffement, ou sur un exercice qui n'a rien à voir. Le joueur du parquet, avec ses trois semaines d'appuis qui fuient, est dans cette case.
Sur un essai isolé, les deux se confondent, et le réflexe conclut au problème moteur parce qu'il donne quelque chose à faire tout de suite : tu corriges, l'essai suivant est meilleur, tu rentres avec l'impression d'avoir bossé. Ce mieux-là, c'est de la performance de séance, celle qui ment. Le plus souvent, tu as vu une erreur d'exécution, rien de plus.
Reste l'écart qui revient, et là commence un deuxième tri, parce que le même geste raté peut venir de deux endroits que tout oppose.
(Ce deuxième tri, je le fais travailler sur un cas réel, une personne que tu accompagnes, dans le parcours offert « Comment on apprend à bouger ».)
Le premier endroit, c'est l'erreur de capacité. Le système sait quoi faire et il ne peut pas : la force manque, ou l'amplitude, ou quelque chose dans le corps bloque le geste. Chercher à faire apprendre ne sert à rien ici : tu peux concevoir la plus belle situation du monde, le geste ne sortira pas tant que la capacité manque.
L'autre, l'erreur d'apprentissage, apparaît quand la capacité est là et que la solution reste inefficace ou ne transfère pas. Le sportif pourrait faire autrement, il ne perçoit pas comment. L'information qui lui permettrait de trouver une autre solution est dans la situation, il ne la capte pas encore. Le joueur qui a la force pour changer de direction et qui continue à freiner sur deux appuis, tu peux le renforcer autant que tu veux : il ne voit pas encore où mettre cette force au moment de tourner.
Pour trancher, le test tient en une minute. Tu fais refaire au ralenti le geste qui échoue, en sécurité, sans contrainte de force ni de vitesse. Si la solution apparaît, nette, la capacité est là et c'est sa perception que tu travailles. Quand même lentement et sans charge rien ne sort, tu reconstruis la capacité avant tout le reste, et la situation attend. Son système n'apprendra pas un geste qu'il ne peut pas produire. Et si tu arraches ce geste à la voix, il tiendra un moment, puis il lâchera.
Reviens au joueur du parquet. Vu du bord, son appui qui fuit a tout d'une faute. De l'intérieur, avec ce qu'il perçoit à cet instant, freiner sur deux appuis est la façon la moins chère et la plus rassurante qu'il ait trouvée pour tourner. Le corps trouve la solution la plus économique au problème qu'on lui pose, avec l'information qu'il a sous la main.
Ce renversement change ta question. Tu cherchais comment supprimer ce geste, tu te demandes maintenant à quoi il lui sert. Quand une solution te paraît étrange, une de tes deux hypothèses est fausse : ton idée de ce qui serait bon, ou ton idée de ce que le sportif perçoit. Sur le terrain, c'est la seconde qui tombe le plus souvent.
Tu retrouves là la différence entre une solution réglée sur la bonne information et une solution qui contourne un manque, déroulée dans l'article sur la compensation motrice. Une compensation marche, souvent mieux que tout le reste ce jour-là pour ce corps-là, et la corriger à la voix revient à tirer le geste hors de son creux : dès que tu lâches, il y retourne. Alors, une fois le tri fait, tu décides quoi ?
Au bout du tri, tu as quatre cases et seulement trois décisions. L'erreur d'exécution, tu la laisses passer sans un mot. Quand la capacité manque, on renforce. L'erreur d'apprentissage est la seule case où tu conçois quelque chose, une situation où l'autre solution devient nécessaire. La quatrième, le problème moteur pas encore trié, ne reçoit aucune décision avant la minute au ralenti.
Se tromper de case coûte cher, et dans les deux sens. Prends une erreur d'apprentissage pour un manque de capacité et tu ajoutes du tonnage à un système qui n'a aucun problème de tonnage : le sportif sort plus fort, et toujours aussi maladroit. L'erreur inverse te fait empiler des situations riches devant un corps qui n'a ni la force ni l'amplitude pour produire la solution que tu attends. Quant à mettre en cause l'engagement du joueur, comme au bout des trois semaines sur le parquet, c'est presque toujours se tromper de procès.
Je te donne ce tri pour ce qu'il est, une grille de terrain, précieuse surtout pour les corrections inutiles qu'elle t'évite. Aucune étude, dans ce que j'ai lu, ne la valide directement, et personne n'a mesuré à quel point un observateur se trompe quand il classe un écart comme ponctuel ou récurrent. Le trou est là, je fais avec.
L'appui indirect le plus sérieux vient du retour verbal. Le cadre date de 1984, avec Salmoni, Schmidt et Walter : tester l'apprentissage plus tard, sans retour. En 1990, Winstein et Schmidt ont montré en laboratoire, sur une tâche de levier et de petits groupes, qu'un retour qui se raréfie jusqu'à environ un essai sur deux fait mieux au test différé qu'un retour à chaque essai. Or ce retour à chaque essai, c'est exactement ce que tu donnes quand tu corriges chaque erreur d'exécution. Seulement, en 2022, une méta-analyse qui rassemble soixante et une études n'en retrouve aucun effet significatif, la plupart des études étant trop petites pour trancher, et personne n'est allé vérifier sous une barre ou sur un parquet. Je te donne une direction, ton terrain la confirmera ou non.
Il reste un sportif que la grille range mal : il a la force, il sort le geste au ralenti, et il ne bouge pas malgré toutes les situations que tu conçois. Tout ce qui précède suppose que l'information de la situation lui arrive, par la boucle sensori-motrice. Ses yeux d'abord, son oreille interne qui lui dit où est sa tête, la plante du pied qui renvoie l'appui. Qu'une de ces entrées remonte floue, et la situation que tu as conçue reste muette, parce qu'il ne peut pas faire ce qu'il ne perçoit pas.
Sur le papier, c'est une erreur d'apprentissage qui résiste à tout. Moi, je la range en capacité, sensorielle celle-là, de celles qui ne se voient ni sur une table ni sur un test de force. C'est le terrain de la RNP, la Reprogrammation Neuro-Posturale, et je n'y envoie pas tout le monde : beaucoup de sportifs progressent mal pour des raisons de charge, de sommeil ou de temps, et la boucle n'explique pas tout.
Le premier outil de correction, c'est le silence des deux essais suivants.
Tu sais trier maintenant. Il te manque ce qui se joue lundi : retirer ta voix sans que tout s'effondre, et savoir si ce que tu obtiens appartient au sportif ou à ton dispositif. Le module 4 du parcours offert « Comment on apprend à bouger », « Ce que ça change demain », y répond avec trois réglages de ton retour et un test de trois minutes à poser sur quelqu'un que tu accompagnes. Il ouvre aussi le cas qui dérange, celui où tu as tout bien fait et où une autre solution, stable, s'installe à la place de celle que tu attendais. Le parcours est gratuit, environ deux heures, et le module 4 t'y attend.
Quelle est la différence entre une erreur d'exécution et un problème moteur ?
L'erreur d'exécution est un écart ponctuel entre une intention juste et ce qui sort : elle fluctue et part souvent seule au deuxième ou au troisième essai. Le problème moteur dure malgré des conditions favorables, résiste aux corrections et réapparaît sur d'autres exercices. Tu laisses passer la première, et c'est le second qui demande un tri.
Combien d'essais attendre avant de corriger une erreur technique ?
Trois, comme repère de terrain. Un écart disparu au troisième essai n'avait pas besoin de toi. S'il revient, et surtout s'il revient le lendemain sur un autre exercice, tu tiens un problème à trier.
Comment savoir si une erreur vient d'un manque de force ou d'un problème technique ?
Fais refaire le geste au ralenti, en sécurité, sans charge ni vitesse. S'il sort net, la capacité est là et c'est la lecture de la situation qui coince. S'il ne sort pas même lentement, renforce d'abord : aucune situation ne fera sortir un geste que le corps ne peut pas produire.
Pourquoi un sportif refait toujours la même erreur malgré les corrections ?
Parce que cette « erreur » est souvent la solution la moins chère qu'il ait trouvée avec ce qu'il perçoit. Ta consigne l'en sort le temps d'un essai, puis il y retourne dès que son attention part ailleurs. Tant que rien ne change dans ce qui rend l'ancienne solution rentable, elle revient.
Faut-il corriger toutes les erreurs techniques d'un sportif ?
Corriger chaque écart revient à donner un retour à chaque essai : la séance monte, le sportif apprend à attendre ta voix, et il en reste moins le jour où tu n'es plus là. Laisse passer ce qui part seul. Garde ta parole pour ce qui persiste après le tri.
Un athlète qui a la force mais ne l'utilise pas, c'est un problème de motivation ?
Presque jamais. Quand la capacité est là et que la solution ne vient pas, il ne perçoit pas encore où et quand mettre cette force. Si rien ne bouge malgré des situations bien conçues, regarde si l'information lui arrive vraiment, par les yeux, l'équilibre et les appuis.
Romain