
Salut L’athlète, le coach, le passionné de performance,
Cette semaine, j’ai eu un footballeur qui m’a sorti un truc que j’entends régulièrement :
« Katcha, je sens que ça commence à rentrer. C’est de plus en plus propre en séance. »
Sur le moment, j’ai acquiescé.
Mais le soir en réalisant le check-out de la journée, ça m’a travaillé.
Et comme par hasard, le lendemain, ce même athlète s’est complètement effondré dès que les conditions ont changé.
Vent +++. Pelouse différente. Timing perturbé.
Et là, tout ce qui semblait « acquis » en séance s’est volatilisé.
Ça m’a rappelé une lecture que j’avais emporté avec moi sur le stage de préparation à Tenerife avec les lanceuses de javelot, les travaux de Rob Gray sur le representative design et l’apprentissage moteur contextuel.
Et surtout, ça m’a forcé à me poser une question que j’aurais dû me poser plus tôt :
Est-ce qu’on confond « réussir un geste » et « apprendre un geste » ?
Parce qu’à court terme, cette confusion ne pose pas de problème.
À moyen et long terme ?
Elle limite tout.
Voilà un truc qui m’a pris du temps à intégrer.
Un mouvement qui s’améliore pendant la séance n’est pas nécessairement un mouvement appris.
Je sais, ça sonne contre-intuitif.
Mais c’est une idée centrale en apprentissage moteur… et pourtant encore largement ignorée sur le terrain.
La performance immédiate n’est pas un indicateur fiable de l’apprentissage.
Un geste peut devenir plus fluide simplement parce que :
Dans ce cas, le corps ne cherche pas. Il exécute.
Et c’est exactement ce que je voyais avec ce footballeur.
En séance, il exécutait.
En compétition, il devait s’adapter.
Et là, il n’avait rien dans le moteur.
Face à ce constat, j’ai dû trancher.
Est-ce que je continue à travailler la « propreté » en séance ?
Ou est-ce que je prends le risque d’introduire plus de chaos pour forcer le système à apprendre vraiment ?
J’ai choisi la deuxième option.
Pas par intuition.
Par conviction, appuyée sur ce que je relisais depuis des semaines.
Le rôle réel de la variabilité n’est pas de « rendre l’exercice plus difficile ».
Son rôle est de forcer le système à s’organiser.
Quand le contexte varie légèrement :
Le système ne peut plus appliquer une solution toute faite.
Il doit explorer. Comparer. Ajuster.
C’est exactement ce processus qui permet l’apprentissage durable.
Sans variabilité, il n’y a pas de recherche.
Sans recherche, il n’y a pas d’apprentissage.
Hier, j’observais une séance d’un collègue.
Tout était carré. Tout était fluide. Les répétitions ressemblaient à un métronome.
Et pourtant, quelque chose me dérangeait.
Ce que montrent clairement les travaux en apprentissage moteur, c’est que cette propreté peut être trompeuse.
Un geste « propre » dans un contexte figé est souvent :
Ce n’est pas une faiblesse mentale.
C’est une faiblesse fonctionnelle.
Et je me suis rendu compte que pendant des années, j’avais construit exactement ce type de compétences chez mes athlètes.
Des gestes impeccables en séance.
Des athlètes perdus dès que le vent tournait.
Attention.
Je ne suis pas en train de dire qu’il faut tout foutre en l’air et transformer chaque séance en impro totale.
La variabilité utile n’est pas du hasard.
Introduire de la variabilité, ce n’est pas :
❌ changer les exercices au hasard
❌ empiler des contraintes sans logique
❌ créer de la confusion permanente
La variabilité efficace respecte ce que Rob Gray appelle le representative design :
Les variations doivent préserver les informations essentielles de la tâche réelle.
Autrement dit : On ne varie pas tout. On varie ce qui compte.
C’est un équilibre fin.
Et c’est exactement ce sur quoi je travaille en ce moment avec les lanceurs avec qui je colabore.
Un point qui m’a frappé dans mes lectures récentes, c’est que l’apprentissage moteur n’est pas une accumulation de techniques.
C’est un processus de calibration.
Le système apprend à :
En fonction de ce qu’il perçoit.
La variabilité enrichit cette calibration.
Elle apprend au système à rester fonctionnel malgré les changements.
C’est pour ça que les meilleurs athlètes ne sont pas ceux qui répètent le mieux un schéma unique.
Ce sont ceux qui savent retrouver une solution efficace dans des contextes légèrement différents.
Et ça, ça change tout.
La semaine dernière, j’ai fait une erreur classique.
Un athlète arrive à produire une coordination « correcte ».
Et moi, comme un con, je me suis dit : « OK, maintenant on fixe ça. »
Résultat ?
Trois séances plus tard, il stagnait.
Parce qu’à ce stade, le système était encore en exploration.
Si on réduit trop vite la variabilité :
La stabilité réelle n’est pas l’absence de variabilité.
C’est la capacité à rester efficace à travers elle.
J’ai dû faire machine arrière.
Réintroduire du chaos.
Accepter que les répétitions ne soient plus « belles ».
Mais fonctionnelles.
Si tu es sportif, cette lecture change ton rapport à l’entraînement.
Un entraînement qui te met parfois en difficulté, qui te force à ajuster, qui ne te donne pas toujours de « bonnes sensations » immédiates, n’est pas forcément un mauvais entraînement.
La vraie question n’est pas :
« Est-ce que je réussis à chaque répétition ? »
Mais plutôt :
« Est-ce que mon système apprend à s’adapter ? »
Si tu es coach, la variabilité devient un levier stratégique.
Ton rôle n’est pas de fabriquer des gestes parfaits.
Ton rôle est de créer des conditions d’apprentissage.
Des conditions où :
Moins de corrections verbales. Plus de situations bien pensées.
À très haut niveau, la performance n’est jamais répétitive.
Elle est stable dans ses effets, pas dans sa forme.
C’est cette stabilité fonctionnelle que la variabilité permet de construire.
Ce n’est pas une mode.
Ce n’est pas une méthode miracle.
C’est la conséquence directe de la manière dont les humains apprennent à bouger.
Ces idées ne sont pas nouvelles.
Elles sont le fruit de décennies de recherche, que certains ont pris le temps de rendre lisibles.
Si je les partage ici, ce n’est pas pour inventer quoi que ce soit.
C’est pour transmettre.
Parce qu’à un moment, progresser en entraînement, ce n’est plus faire plus.
C’est comprendre mieux.
Et cette semaine, j’ai compris un truc.
Les athlètes avec qui je colabore n’ont pas besoin de répéter plus proprement.
Ils ont besoin d’apprendre à s’adapter.
Et toi, tu en es où avec la variabilité dans ton entraînement ?
Romain
PS: J’ai longtemps cherché un endroit où l’entraînement serait enfin lisible. Un espace où tu comprends ce que tu fais, pourquoi tu le fais, et comment progresser sans t’éparpiller.
Je ne l’ai pas trouvé. Alors j’ai commencé à le construire.
Si tu veux voir à quoi ça ressemble concrètement : 👉 Accéder à l’interface RKSP