Salut L'athlète, le coach, le passionné de performance,
Alizée a terminé cinquième de la finale des championnats d'Europe. Le meilleur concours de sa jeune carrière, en densité comme en moyenne, sur la plus grande scène du continent. Pour te donner une idée, elle n'a lancé que trois fois sur son engin de finale dans toute sa vie, et c'est ce jour-là, en finale européenne, qu'elle a sorti son meilleur ensemble.
Et pourtant, si tu me demandes ce qui m'a le plus marqué cette semaine, ce n'est pas la place. C'est comment on y est arrivés. Parce que ça, tu peux le voler et l'appliquer chez toi.
On a commencé à travailler ensemble à l'automne 2023, pour préparer la saison estivale 2024. À l'époque, sa moyenne de concours tournait autour de 55 mètres, et une finale européenne semblait encore loin. Trois saisons plus tard, elle y est. Ce qui a changé entre les deux n'est ni un exercice miracle trouvé cet hiver, ni un stage secret, mais un système tenu saison après saison, qui a lentement déplacé son niveau de référence vers le haut.
Je ne fais pas ça seul, d'ailleurs. Sur la course d'élan, Alizée travaille avec Jordan Bourdager, et cette cinquième place est aussi la sienne. Un athlète de ce niveau, c'est toujours plusieurs mains autour de lui.
Mais le cœur de la méthode, celui que je veux te partager aujourd'hui, tient dans deux idées simples et un peu à contre-courant.
La première, c'est l'autorégulation. Chez la plupart de mes athlètes, le nombre de séries n'est pas écrit à l'avance sur le programme. Il se décide le jour même, en fonction de ce que le corps a réellement à donner ce jour-là, et la séance se termine sur des exécutions réussies.
Concrètement, tu ne te forces pas à finir un chiffre parce qu'il est marqué sur ta feuille. Tu acceptes, certains jours, de faire moins.
Ça a l'air d'un détail. C'est pourtant ce qui protège tout le reste. Forcer un volume que le corps ne peut pas encaisser, c'est la porte ouverte à la petite blessure qui casse trois semaines de travail. En acceptant de faire moins au bon moment, tu protèges la seule chose qui compte vraiment sur le long terme : ta capacité à continuer.
La deuxième idée découle de la première. On ne court pas après le pic. On fait monter la moyenne de la saison.
La plupart des sportifs jugent leur année à leur meilleur jour. Leur record, leur plus belle séance, le chiffre qu'ils montrent aux copains. Nous, on regarde autre chose : la moyenne de tous les concours de la saison. Parce qu'un pic isolé, ça arrive à tout le monde une fois, souvent par chance. Ce qui distingue un athlète qui progresse vraiment, c'est quand sa moyenne, elle, grimpe d'année en année.
Et le plus beau, c'est que ça marche dans les deux sens. Quand tu fais monter ta moyenne, tes pics montent tout seuls, et surtout ils reviennent, encore et encore, au lieu d'être des coups isolés. Chez Alizée, en trois saisons ensemble, sa moyenne de concours est passée de 54,80 mètres en 2023 à 59,76 mètres cette année, et son meilleur jet a grimpé dans la même pente, jusqu'à 61,69 mètres.
Ce n'est pas un record isolé qui a bougé : c'est tout son niveau de référence qui s'est déplacé, année après année.
Tout ça repose sur un socle qui n'a l'air de rien : trois saisons sans qu'une blessure vienne casser le travail. Pas de coupure forcée, pas de mois perdu à réparer au lieu de construire.
Je t'en avais déjà parlé avec le chemin de Kevin, qui a fait ses premiers championnats de France élites cet été. Ses premiers élites, ils viennent d'une chose toute bête : une saison enchaînée sans blessure, sans séance sautée. C'est bête, et il n'y a que ça qui compte. Fais trois ou quatre saisons comme ça, sans coupure, et tu seras surpris d'où tu finis. Pour Jade Maraval, c'est le même principe, et ça roule depuis des saisons.
Alors oui, ce genre de méthode, à contre-courant de la culture du toujours plus, fait parfois lever des sourcils, y compris chez des gens qui n'ont jamais suivi un lanceur de leur vie. Je vais être clair une fois, et je n'y reviendrai pas : les seules personnes à qui je dois un résultat, ce sont mes athlètes et les staffs qui me font confiance. Le reste, c'est du bruit derrière un écran, et le bruit ne met personne en finale.
Beaucoup de gens me demandent un suivi individuel après ce genre de semaine. Je vais être honnête : mon 1on1 est complet, et je n'ouvre pas plus de places. Jeune papa, plusieurs projets, et surtout l'envie de faire bien pour ceux que j'accompagne déjà avant de faire du chiffre.
Mais tout ce que je viens de te décrire, tu peux commencer à l'appliquer sans moi. C'est pour ça que j'ai construit des cycles à thème, des blocs de quatre à six semaines, déjà pensés, que tu suis en autonomie et qu'on peut ajuster si besoin. Selon ton objectif : reprendre en douceur avec Relance, refaire une base avec PPG Express, gagner en force et en structure avec Restart, travailler ta vitesse avec Retrouve tes cannes, ou bâtir ton explosivité avec le Cycle Accumulation Triphasé.
On ne cherche pas le meilleur jour. On cherche à ne jamais casser la série.
Le 1er septembre, Alizée a lancé une dernière fois cette saison aux Jeux Méditerranéens, avec Jade Maraval, avant un mois de repos bien mérité.
Romain