
L'essentiel. Pour développer sa vitesse, il faut d'abord produire de la force, dans la bonne direction et dans un délai très court, parce qu'un appui de sprint se joue en une fraction de seconde. La vitesse dépend aussi de la capacité à freiner vite au contact du sol et à relâcher la tension dès qu'elle ne sert plus. Elle se travaille frais, par des séances très intenses en petit volume, séparées par des journées légères, comme dans le système High/Low de Charlie Francis.
Salut L'athlète, le coach, le passionné de performance,
C'est une situation que je rencontre régulièrement avec des footballeurs en début de préparation. Aux tests de saut, les hauteurs sont correctes et la puissance au décollage est là. Sur le terrain, les démarrages manquent pourtant de tranchant, et il reste dans les appuis cette fraction de seconde de trop où le corps négocie avec le sol au lieu de le quitter.
Ce footballeur ne manque ni de force ni de travail. Sa vitesse se perd ailleurs : à la réception du sol, dans une tension qui dure trop, parfois dans des séances qui le fatiguent au lieu de le rendre vif.
Le blog parle de vitesse depuis longtemps, mais par morceaux : la force, le relâchement, le système de Charlie Francis, les gammes, la plyométrie, un test d'intermittent. Je les rassemble ici, avec ce que j'en pense et l'article qui creuse chaque point.
F = m × a. Ta masse change peu. Ce qui bouge, c'est ta capacité à accélérer, et pour accélérer fort, il faut produire beaucoup de force. Je l'ai écrit sans détour : si tu veux courir plus vite, ton problème est souvent un manque de force. Vouloir devenir plus rapide sans devenir plus fort, c'est vouloir la récolte sans le labour.
Ça ne fonctionne pas. Ça n'a jamais fonctionné.
Une force sans contexte sert pourtant à peu de chose. Produire de la force en squat lent ne revient pas à en produire en sprint. Pousser vers le haut et pousser vers l'avant sont deux gestes différents, et forcer pendant trois secondes n'a rien à voir avec forcer en 150 millisecondes. Un sprinteur qui pousse dans la mauvaise direction rebondit sur place au lieu de courir. La question devient donc : où, dans quel angle et en combien de temps tu exprimes ta force.
Dans ce même article, je liste ce qui limite la majorité des athlètes, bien avant le timing ou les capteurs : une production de force trop faible, un freinage insuffisant, une accélération sous charge absente et une force mal orientée. Et si tu comptes sur la plyométrie pour compenser, elle amplifie ce qui existe déjà, rien de plus. Pour tout le travail de salle qui précède la piste, le guide de l'entraînement de la force prend le relais.
Quand tu pousses fort, ton système nerveux joue sur deux réglages principaux. Il allume des unités motrices, ces paquets de fibres commandés par un même neurone, des plus petites aux plus grosses à mesure que l'effort monte. Et il règle la cadence à laquelle chaque neurone fait tirer ses fibres. Ce deuxième réglage porte l'essentiel de ta force rapide.
Au début d'un effort explosif, certaines unités lâchent même deux décharges collées, à quelques millièmes de seconde d'écart : le double coup de rame qui arrache le bateau au départ, ce qu'il te faut sur un premier appui. Tout est détaillé dans comment ton système nerveux fabrique ta force max, avec l'étude qui montre que l'entraînement explosif rend ce démarrage plus fréquent.
L'article en tire trois conséquences qui valent pour ta vitesse. Ton intention compte : chercher à faire monter la barre le plus vite possible, même quand elle est lourde et monte lentement, entraîne la cadence. Ce réglage bouge en quelques semaines, donc il se mesure souvent ; chez les sportifs que j'accompagne, une chose au moins est mesurée à chaque séance, distance en bondissements, vitesse de barre ou vitesse d'éjection au radar. Et ce que tu gagnes reste lié au geste : une commande entraînée sur un squat lent sert d'abord le squat lent.
On retrouve cette logique dans les cinq principes de développement de la puissance que je tire du livre de Schmarzo et Van Dyke : intention maximale à chaque répétition, cluster sets pour garder la vitesse, et une règle d'or. Tu arrêtes la série dès que la vitesse baisse, même si tu avais prévu cinq répétitions, parce qu'à partir de là tu n'entraînes plus ce que tu crois.
Regarde bouger un sportif de très haut niveau : ce qui frappe, souvent, c'est une forme de calme, un mouvement fluide, aucune lutte visible. Chez un sportif en progression, même très fort, le visage se crispe, les épaules montent et le mouvement paraît cher.
J'ai consacré un long article au relâchement musculaire et à son rôle dans la puissance, à partir de Supertraining de Verkhoshansky et Siff. L'idée centrale : une force rapide apparaît vite, disparaît vite, et peut réapparaître encore plus vite. Une tension qui dure au-delà de sa fenêtre utile allonge le temps de contact au sol, freine l'action et empêche le tendon de renvoyer l'énergie. Le ressort s'écrase au lieu de rebondir.
Charlie Francis parlait de « relaxed speed », aller vite sans tension, et pour lui le calme avant le départ s'entraînait.
Le relâchement ne se décrète pas pour autant. Dire à un sportif « relâche-toi » marche rarement, et c'est parfois contre-productif. Il apparaît quand le système comprend la tâche, perçoit bien son appui et se sent en sécurité. Un mouvement relâché monte très haut en tension puis redescend aussitôt, ce qu'un mouvement mou ne sait pas faire.
Cet article a l'air de contredire celui sur la force, et il le complète. À très haut niveau, la force maximale est souvent comparable d'un athlète à l'autre, et la différence se joue sur le timing. Tant que la force manque, l'article sur la course et la force tranche : résous ça en premier, la subtilité viendra après.
Chaque appui de sprint commence par un freinage, et un changement de direction est un freinage brutal suivi d'une relance. Si tu freines lentement, tu perds du temps à chaque appui, et une partie de la force que tu viens de produire s'évapore avant de servir. Dans le drop and catch, la méthode pour apprendre à freiner vite, je prends l'image d'une voiture : un moteur énorme ne t'emmène pas vite dans un virage si les freins mettent une seconde à mordre. Beaucoup de sportifs passent des années à grossir le moteur sans toucher aux freins.
Tes tendons sont le ressort, tes muscles décident si le sol est du béton ou un matelas. Le drop and catch entraîne le passage le plus rapide possible d'une charge qui tombe à une position figée. Il arrive tard dans la construction d'un sportif, jamais au début, et l'article donne un critère simple pour savoir si tu es prêt : après le freinage, la position se fixe net, sans que rien ne bouge.
La plyométrie raconte la même histoire, vue du sol. Dans la phase de réception, celle qui compte le plus en plyométrie, je reprends un critère d'Explosive Plyometrics, le livre de Yessis : une répétition vraiment plyométrique se joue entre 0,15 et 0,2 seconde au sol, trop peu pour décider de pousser. Ce qui se passe au contact repose sur une pré-tension préparée en l'air, avant de toucher le sol. Les footballeurs du début avaient surtout développé leur force explosive depuis une position basse, d'où des tests corrects et des appuis mous.
L'assistance prolonge cette logique côté vitesse. Un élastique ou un câble allège le saut, tu décolles plus vite que d'habitude, avec un temps d'appui plus court. Tension, ancrage et repos sont réglés dans la plyométrie assistée aux bandes élastiques et aux câbles, et toute la logique des sauts se trouve dans le guide complet de la plyométrie.
Charlie Francis a bâti un système entier sur une idée : la vitesse naît d'une coordination nette entre le corps et le système nerveux, et la fatigue ou la surcharge la brouillent. Le système High/Low de Charlie Francis regroupe le même jour ce qui sollicite fortement le système nerveux, sprints, musculation lourde, sauts, et garde le lendemain pour le tempo, la mobilité et la technique relâchée, avec une règle cardinale : jamais deux jours High d'affilée. Le système chasse aussi la zone grise, ces efforts moyens qui fatiguent sans faire progresser.
La progression va du court vers le long : accélérations sur 10 à 30 mètres, puis 60, 80, 120 mètres et au-delà pour l'endurance de vitesse. Les récupérations sont longues, parfois cinq à dix minutes entre deux sprints, parce que chaque répétition doit être aussi rapide que la première. Et le volume suit la qualité : dès que la vitesse chute, la séance s'arrête. Toute l'année, la vitesse n'est jamais absente plus de dix jours.
L'article décrit une semaine complète inspirée du système original et une adaptation pour les 15-17 ans, avec des sprints plus courts et la priorité à la posture et à la coordination. Lis-les comme l'illustration d'une logique ; ton plan, lui, dépend de ton sport et de ton calendrier.
Francis savait aussi ce qu'il ne fallait pas toucher. Fergus Connolly raconte presque une semaine passée chez lui à regarder des courses, tard le soir. Devant un ralenti de Ben Johnson filmé de face, Connolly signale un genou gauche qui sort un peu trop. Francis répond sans quitter l'écran : « Fergus, il vient de courir 9,88. »
J'en tire une règle dans « Il vient de courir 9,88 », sur l'autorégulation et l'apprentissage du geste : garde la chose principale comme chose principale. Un athlète qui court vite, d'une façon qu'il tient dans le temps et qui ne l'abîme pas, on laisse sa technique tranquille jusqu'à pouvoir l'ajuster progressivement, sans risque. Ta forme se lit aussi comme une courbe, avec son bruit : un sprint plus lent un mardi sans raison peut n'être qu'une mauvaise nuit, et le prendre pour une tendance te ferait tout changer pour rien.
Les gammes de course sont la base du travail d'appuis dans toutes les disciplines de course. Dans la vidéo des gammes de course et de bondissement, je garde quelques basiques pour préparer une séance de vitesse ou de bondissements, avec une seule consigne si tu t'entraînes seul : on cherche à appuyer au sol. La danse sur haies niveau 1 sollicite les alignements et le travail de pied, à cheval entre les gammes et la plyométrie basse.
Pour aller au-delà des montées de genoux et des talons-fesses, je renvoie vers 53 gammes de course évolutives compilées par lepape-info.
Pour le tronc, l'article sur la posture en course à pied rapporte qu'une légère inclinaison vers l'avant peut réduire les contraintes sur l'articulation entre la rotule et le fémur, d'après Lenhart et ses collègues (2014). L'article parle de course à pied au sens large et de prévention des douleurs du genou ; le sprint maximal n'y est pas traité.
Reste la question des consignes. En relisant Anatomy of Agility, j'ai retenu de Frans Bosch que répéter son geste peut empirer les choses. Dans un sprint à fond, le geste va plus vite que le traitement de l'information : un signal qui remonte au cerveau et redescend met au moins 150 millisecondes, une cheville se tord en 62. La correction criée en plein sprint arrive après coup. Pour changer une foulée à haute vitesse, Bosch modifie la contrainte, un sprint en côte par exemple, plutôt que le discours.
Aux tests d'entrée en NFL, Anquan Boldin court le 40 yards, environ 37 mètres, en 4,71 secondes, un chrono modeste pour un receveur. Il compense par son agressivité, sa lecture du jeu et son professionnalisme, au point de fixer chez les 49ers un standard que beaucoup de ses coéquipiers cherchent à atteindre.
Dans « Il n'était pas le plus rapide », sur les forces et les facteurs limitants, je reprends la leçon de Fergus Connolly : chez un compétiteur, il refuse le mot faiblesse et parle de facteur limitant, ce qui t'empêche d'exploiter tes autres qualités. Tes forces décident en général si tu gagnes ; ce qui te limite fixe l'écart.
Pour ta vitesse, la question devient concrète. Si elle est ton arme, elle garde sa place dans ton plan au bon moment de la saison, au lieu de disparaître quand les matchs arrivent. Si elle te limite, tu la réduis juste assez pour qu'elle arrête de te coûter, sans lâcher ce qui te fait gagner. Ta première source reste ton historique : regarde ce que tu travaillais pendant tes meilleures saisons.
Le test de course le plus détaillé du dossier, c'est le 30-15 IFT de Martin Buchheit. Sois précis sur ce qu'il mesure : ta VIFT, une vitesse intermittente composite qui mélange ton moteur aérobie, ta capacité anaérobie, tes changements de direction et ta récupération sur des pauses de 15 secondes. Il sert à programmer l'intermittent, et ne te donne pas ta vitesse maximale.
La VIFT est pourtant liée au temps sur 10 mètres et à la détente verticale. Buchheit met aussi au centre une notion qui parle à tout sportif rapide, la réserve de vitesse anaérobie : l'écart entre la vitesse où ton moteur aérobie est au maximum et ta vitesse de sprint. Deux joueurs au même moteur aérobie, l'un sprintant à 29 km/h et l'autre à 33, ne vivent pas la même séance à la même allure. Le protocole complet, des cônes au calcul des distances, est dans le test 30-15 IFT pour mesurer ta VIFT.
Pour ton sprint lui-même, la meilleure leçon vient encore de Francis : il notait chaque chrono et chaque tension observée, et cherchait des tendances dans son carnet. C'est la logique de la mesure à chaque séance dont je parlais plus haut : la tendance de tes chiffres compte davantage qu'un résultat isolé.
Ta vitesse se décide au sol, dans une fenêtre trop courte pour que tu la voies passer.
Si tu veux qu'on regarde précisément ce qui bloque ta progression : des démarrages qui manquent de tranchant, des appuis qui s'écrasent au sol, une vitesse qui fond dès la troisième répétition.
Je travaille avec quelques sportifs en suivi individuel.
👉 Le questionnaire de prise de contact est là
Romain
Comment développer sa vitesse de course ?
Commence par la force, orientée dans la bonne direction et exprimée dans un délai court. Travaille ensuite la qualité de tes appuis : freiner vite au contact du sol et relâcher la tension dès qu'elle ne sert plus. Les sprints se font frais, courts au début, avec des récupérations longues, et la séance s'arrête quand la vitesse baisse.
Est-ce que la musculation rend plus rapide ?
Oui, à condition que la force gagnée soit transférable : dans les bons angles, dans la bonne direction et dans les bons délais. Chercher à faire monter la barre le plus vite possible, même lourde, entraîne la cadence nerveuse qui sert la force rapide. Dans le système de Charlie Francis, la musculation se place après la piste, les jours intenses, sans aller à l'échec.
Combien de temps de récupération entre deux sprints ?
Dans le système de Charlie Francis, les récupérations sont longues, parfois cinq à dix minutes entre deux essais, parce que chaque répétition doit être aussi rapide que la première. Le volume suit la qualité : dès que la vitesse chute, la séance s'arrête.
Le test 30-15 IFT mesure-t-il la vitesse maximale ?
Non. Il mesure la VIFT, une vitesse intermittente qui combine le moteur aérobie, la capacité anaérobie, les changements de direction et la récupération entre les efforts. Elle est liée au temps sur 10 mètres, mais elle sert à programmer l'intermittent.
La plyométrie améliore-t-elle la vitesse ?
Elle amplifie ce qui existe déjà et ne compense pas un manque de force. Son intérêt pour la vitesse tient à la réception : une répétition vraiment plyométrique dure entre 0,15 et 0,2 seconde au sol et se prépare par une pré-tension avant le contact. Chercher seulement la hauteur développe surtout la force explosive depuis une position basse.
À quoi servent les gammes de course ?
Elles sont la base du travail d'appuis des disciplines de course et préparent une séance de vitesse ou de bondissements. Si tu t'entraînes seul, retiens la consigne principale : chercher à appuyer au sol.