Salut L'athlète, le coach, le passionné de performance,
Il n'était pas le plus rapide.
Et beaucoup de ses coéquipiers visaient la barre qu'il avait fixée.
L'autre matin, un livre ouvert sur mon bureau, le pouce calé sur la page 203. C'est la leçon 38 de 59 Lessons, de Fergus Connolly, le livre qui m'accompagne depuis quelques dimanches. Le lien est affilié, ça ne change rien au prix pour toi, et le livre est en anglais.
La leçon s'appelle « maximise toujours tes forces ». Elle m'a fait penser à une phrase que j'entends souvent à cette période, quand une saison se termine et qu'une autre se prépare : « Je ne sais pas quoi prioriser selon le moment de la saison. En saison, soit j'arrête la salle, soit je continue comme en hiver. »
La leçon s'ouvre sur un dîner, pendant les tests d'entrée en NFL, avec des préparateurs venus de partout. Parmi eux, Al Vermeil, le seul préparateur physique à avoir gagné des bagues en NFL avec les 49ers et en NBA avec les Bulls de Chicago.
Vermeil avait une formule que Connolly rapporte : les seules personnes qui ont fait un joueur, ce sont ses parents. Un coach aide à progresser, à apprendre, à se développer. Mais le jour où il se met à dire « j'ai fait ce joueur », il se raconte une histoire.
Je te la donne parce qu'elle vaut aussi pour toi : un coach aide, mais celui qui s'entraîne, c'est toi.
Puis Connolly parle d'Anquan Boldin, receveur chez les 49ers de San Francisco. Aux tests d'entrée en NFL, il court le 40 yards, environ 37 mètres, en 4,71 secondes. Un chrono modeste pour son poste, là où la vitesse est censée tout décider.
Ce qu'il avait à la place :
Trois armes. Aucune ne se chronomètre.
Connolly écrit qu'il a plus que compensé. Boldin incarnait le mot professionnel, et il a fixé chez les 49ers un standard que beaucoup de ses coéquipiers cherchaient à atteindre.
Dans ce contexte, Connolly refuse d'employer le mot « faiblesse ». Chez un compétiteur de haut niveau, il parle de facteurs limitants : ce qui l'empêche d'exploiter à fond ses autres qualités.
Ça a l'air d'un détail de vocabulaire, et pourtant ça change la façon de préparer une saison. Une faiblesse, on veut l'effacer tout l'hiver ; un facteur limitant se réduit juste assez pour qu'il arrête de te coûter.
Réduire un facteur limitant compte aussi : Connolly écrit que ça rend le joueur plus efficace, et meilleur au global. Il faut les deux, avec la bonne priorité.
Il cite une phrase de Bill Knowles que je garde : « Les joueurs de classe mondiale sont souvent des compensateurs de classe mondiale. » Un joueur rapide qui lit mal le jeu compense avec sa vitesse. Un joueur moins rapide compense avec sa lecture.
La règle de Connolly tient en une ligne : les gagnants limitent leurs faiblesses, mais jouent toujours sur leurs forces. Et il ajoute une idée que je trouve très juste : tes forces décident en général si tu gagnes ou non, tes facteurs limitants décident de l'écart. Il l'applique aussi aux équipes. Une équipe physique doit continuer à jouer physique, tout en réduisant ce qui la limite.
Je ne sais pas toujours dire où s'arrête un facteur limitant, et où commence un défaut qu'on peut laisser tranquille. La réponse, je la trouve plus souvent dans les meilleures compétitions d'un athlète que dans son bilan.
Deux pages plus loin, Ivan Lendl, qui le lui a expliqué lui-même. Avant Wimbledon ou l'US Open, il faisait reproduire chez lui la surface du tournoi. Même entreprise, même équipe de pose que sur le tournoi, pour que le court réagisse pareil.
Connolly le range parmi les forces qui ne sont pas physiques, mais liées à la personnalité. Le souci du détail de Lendl était une arme, et il l'a nourrie. Huit titres du Grand Chelem au bout.
Plus loin dans le livre, Connolly raconte ses premiers jours à Bolton, en Premier League. Un défenseur envoie un ballon de plus de quarante mètres vers Nicolas Anelka, qui sort du vestiaire en enfilant encore son maillot. Anelka tend le pied gauche sans ralentir et tue le ballon sous lui, en le regardant à peine.
Connolly avoue que ce jour-là a changé sa façon de voir. Anelka était rapide et très adroit, mais loin d'être le plus puissant. C'était pourtant l'attaquant le plus dangereux de Premier League.
Un peu plus loin, il parle de Justin Smith, sans doute le joueur le plus fort des 49ers. Sa force utile, écrit-il, venait de son adresse, et pas l'inverse. Puis une phrase à garder pour ta propre prépa : la force est une compétence.
Revenons à cette phrase du début. Choisir quoi prioriser, c'est normalement le rôle d'un coach ou d'un prépa qui a déjà accompagné sur ce versant, et qui t'aide à décider en connaissant ton profil et ton sport. Tu peux aussi le faire seul, avec les bouquins.
Mais avant les bouquins, regarde tes meilleures saisons. Qu'est-ce que tu faisais, à quel moment, par rapport à ta compétition cible ? Ta première source, c'est ton propre plan d'entraînement.
C'est d'ailleurs la première chose que regarde un nouveau coach ou un nouveau prépa : ton historique. Il cherche comment tu fonctionnes, pour te proposer ce qui a déjà donné satisfaction chez toi.
Connolly le dit à sa façon : les gagnants jouent toujours sur leurs forces. Dans tes meilleures saisons, ce qui te faisait gagner a laissé une trace : ce que tu travaillais, et à quel moment. Ce qui marchait alors, au bon moment de la saison, mérite de garder sa place dans ton plan.
Réduire ce qui te limite, en gardant ce qui te fait avancer. C'est la trame de RESTART : rééquilibrer ce que la muscu classique a oublié, sans arrêter de progresser en force et en masse pendant ce temps.
Tu connais ça. En saison, tu arrêtes la salle, ou tu continues comme en hiver. Et ce qui t'a fait gagner tes meilleures compétitions n'a sa ligne nulle part.
Dans ton plan d'intersaison, où est écrit ton point fort ?
Ce que j'en retiens : avant d'écrire ton plan d'hiver, relis tes meilleures saisons, et garde ce qui t'y faisait gagner.
Ce qui t'a fait gagner est déjà écrit. Relis-le avant d'écrire la suite.
Cette semaine, un épisode du podcast de Joel Smith avec Cody Bidlow, sprinteur master qui s'entraîne sans coach, avec un vrai métier et peu de temps. Un peu moins d'une heure vingt, en anglais : YouTube propose les sous-titres traduits.
C'est un bon contrepoint au carnet. Bidlow a relu sa carrière et en a tiré ce qui l'avait le plus limité, sa cheville, et la séance qu'il n'avait presque jamais faite. Vers 35 minutes, il explique pourquoi il remet du tempo, dosé.
Vers 10 minutes, il raconte comment il a ramené son entraînement à l'essentiel pour qu'il tienne dans sa vie. Et vers 1 h 04, comment il apprend une sensation sans coach, avec un partenaire plus rapide sur 150 mètres comme seul retour.
L'épisode est ici, calé sur sa vie d'athlète sans coach.
Romain
P.S. RESTART, c'est de la salle : cinq séances par semaine pendant douze semaines, 87 €. Si tu n'as que deux ou trois créneaux de salle, ou si tu cherches un transfert direct vers ton sport, ce n'est pas pour toi. Si ta muscu tourne en rond et que ta structure s'est déséquilibrée, les trois phases sont sur la page.