Salut L'athlète, le coach, le passionné de performance,
Cette semaine, j'ai passé une heure au téléphone avec un tennisman. Il a six ans de préparation physique derrière lui. Le genre de gars sérieux, qui ne rate pas une séance et sait exactement ce qu'il a fait les douze dernières semaines.
On parle de sa programmation, il me la décrit posément : quatre semaines d'hypertrophie, quatre semaines de force, quatre semaines de force maximale, quatre semaines de puissance. C'est propre et structuré, cohérent sur le papier.
Sauf qu'il est en pleine saison. Et dans son sport, à son niveau, la compétition ne s'arrête quasiment jamais.
Je lui pose une question banale : comment il se sent sur le court en ce moment, entre les séances ? Un silence, puis : « Je perds un peu mes repères avec la raquette. »
Et là, une question m'échappe : ton objectif, c'est de progresser au tennis, ou d'être plus fort en muscu pour éventuellement progresser au tennis dans quatre mois, quand ton macrocycle sera passé ?
On est d'accord que programmer ne se résume pas à empiler des exercices et des blocs dans un ordre à peu près logique, et qu'un plan ne vaut que s'il répond à la réalité du sport, du calendrier, de ce que l'athlète doit produire maintenant ?
Si on accepte ça, l'endroit où ça coince devient assez clair : le décalage entre ce plan et le contexte dans lequel il tourne.
Ce tennisman est loin d'être un cas isolé. Je retrouve la même configuration en cyclisme, en course à pied, dans tous les sports à calendrier dense. Des athlètes investis et rigoureux me décrivent des plans qui tournent depuis des mois, vécus comme normaux.
Certains m'ont dit ne pas avoir changé leurs deux séances de musculation depuis six mois. Et ils trouvent ça correct. Oui, oui, correct, et même normal, puisque c'est comme ça que la « préparation physique » se passe dans leur sport.
Ce qui me frappe, plus que l'erreur, c'est l'absence de question.
La périodisation linéaire a une vraie logique. Si tu lis dessus, on te dit des choses du type : elle accumule de la fatigue pour mieux la dissiper, développe les qualités dans un ordre précis, donne un cap lisible sur plusieurs semaines.
C'est la première forme de périodisation qu'on apprend, celle qui permet de comprendre pourquoi périodiser est utile. Et dans un contexte précis, elle a toute sa place : un débutant qui construit ses bases, éventuellement un athlète avec une longue hors-saison, quelqu'un qui n'a pas encore de calendrier contraint. C'est un outil solide, pour le profil auquel il a été pensé.
Mais on l'applique partout et pour tout le monde, à n'importe quel moment de la saison. Comme s'il n'existait pas d'autre réponse possible à la question « comment je programme ? ».
Lire le contexte avant de planifier, ça devrait être le point de départ, et pas une option qu'on s'offre quand on a le temps d'y penser.
Quand un athlète est en compétition presque toute l'année, et en tennis c'est le cas, est-ce qu'un bloc d'hypertrophie de quatre semaines développe une qualité utile à court terme ?
Ce qui est sûr, c'est qu'il décale la performance vers un moment où elle ne sert plus à rien. Et ça coûte quelque chose de très concret : les repères avec sa raquette, entre autres. On pourrait parler de coordination au sens large. Ces sensations sur le court, impalpables, se mesurent pourtant dès le premier échange quand le corps n'est pas dans son état de jeu.
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Je pense à deux choses. On reproduit des modèles appris parce qu'ils ont fonctionné quelque part, à un moment, dans un autre contexte. Et un plan linéaire rassure : lisible et structuré, il donne l'impression de tenir quelque chose qui, par nature, est bien plus instable qu'on ne l'admet.
Pendant cette conversation, je n'ai sorti aucun contre-plan de ma poche, et je ne lui ai pas expliqué comment il fallait faire. J'ai juste posé la question : est-ce que ta programmation sert ton calendrier, est-ce qu'elle te prépare à performer maintenant, ou dans quatre mois ?
Il y a eu un silence, court, mais il y était.
Je reconnais ce silence. C'est celui qu'on a tous eu à un moment, quand on réalise qu'on a suivi une logique sans avoir vérifié sa pertinence ici, maintenant, dans ce sport. Ça tient au recul, bien plus qu'aux compétences. La gêne discrète de quelqu'un qui voit quelque chose qu'il aurait pu voir plus tôt.
La périodisation linéaire tient toujours la route. Le problème, c'est qu'on l'applique trop souvent sans la questionner, à des profils pour lesquels elle n'a pas été pensée.
La différence entre un entraînement qui s'accumule et un entraînement qui construit se joue en amont des exercices et des charges : dans la capacité à lire la situation avant d'ouvrir le tableur.
Un plan vaut par ce qu'il sait lire, bien plus que par ce qu'il contient.
Romain