
Salut L'athlète, le coach, le passionné de performance,
En relisant les écrits de Martin Buchheit pour l'article sur le test 30-15 IFT, une partie m'a arrêté plus longtemps que les autres. Tout le monde connaît le test, peu de gens connaissent ses variantes. Pourtant, ce sont elles qui transforment un chiffre unique en un vrai profil : ce qui est fort chez toi, ce qui coince, et donc ce qu'il faut travailler en premier.
Le principe tient en une idée simple, que Buchheit applique avec une rigueur de laboratoire : on refait le test en ne changeant qu'une seule chose, et l'écart entre les deux scores isole la qualité qu'on veut regarder. Laquelle te freine vraiment ?
Ta VIFT, la vitesse atteinte au dernier palier complet du 30-15 IFT, mélange ton moteur aérobie, ta capacité anaérobie, tes changements de direction et ta récupération entre les efforts. C'est sa force : elle reflète ce que te demande une séance d'intermittent ou un match. C'est aussi sa limite, que Buchheit écrit noir sur blanc : avec le test seul, impossible d'isoler tes points forts et tes points faibles.
Le test reste précieux pour suivre une équipe. Chez des handballeurs professionnels de première division, la VIFT progresse entre la reprise de fin juillet et le début du championnat en septembre, puis reste stable jusqu'au retour de la trêve. Un seul test suffit pour voir si la préparation a porté.
Si tu n'as encore jamais passé le test, la vidéo tableau blanc te montre la mise en place.
Mais deux joueurs à 19 km/h ne sont pas forcément limités par la même chose. L'un perd du temps à chaque demi-tour, l'autre récupère mal pendant les 15 secondes de marche. Les variantes servent à faire la différence.
Tu passes le 30-15 IFT classique, en navette de 40 m, puis le même test couru en ligne droite sur piste. Les deux protocoles sont identiques, à une exception près : les demi-tours. L'écart entre ta vitesse en ligne et ta vitesse en navette mesure donc ce que te coûtent tes changements de direction.
Dans l'étude de Buchheit, menée chez des handballeurs et des basketteurs de niveau régional à national, l'écart moyen est de 2 km/h, à plus ou moins 1 km/h. Un écart de 3 km/h ou plus signale une très bonne capacité à changer de direction. Sous 1 km/h, c'est un point faible.
Le coût est réel : dans des séances d'intervalles courts, ajouter des demi-tours à 180 degrés augmente la dépense d'énergie d'environ 5 à 6 % par rapport au même travail en ligne. Freiner, bloquer et relancer à chaque bout de la navette se paie dans les jambes.
Si ton indice est faible, Buchheit propose de travailler l'économie de course avec changements de direction, par la technique et par la musculation, voire par une perte de poids quand elle est justifiée. Tu retrouves l'enjeu du freinage dans l'article sur Frans Bosch et l'agilité.
Même logique, avec une autre variable. Tu compares ta VIFT avec ta vitesse finale sur un test en navette de 40 m couru en continu, sans les pauses de 15 secondes. Seule différence entre les deux tests : la récupération. L'écart mesure ce que ces pauses t'apportent.
L'écart moyen est de 3,6 km/h, à plus ou moins 1 km/h. À partir de 4 km/h, ta récupération entre les efforts est bonne ; sous 3 km/h, elle limite ton intermittent.
Buchheit a publié un cas qui illustre bien cette qualité, même s'il ne suit pas exactement ce protocole. Un handballeur très explosif, qui a toujours évité la course à pied, plafonne à 15,5 km/h sur un test continu en ligne. Au 30-15 IFT, il monte à 20 km/h, soit 4,5 km/h de plus : il a su exploiter chaque pause et ses qualités d'explosivité dans les demi-tours.
Cet indice demande plus d'investissement. Tu réalises au moins trois séries d'intermittent à trois intensités différentes, exprimées en pourcentage de ta VIFT, et tu notes à chaque fois ton temps limite, c'est-à-dire le temps pendant lequel tu tiens l'effort. On trace ensuite la relation entre l'intensité et la durée.
La lecture est intuitive : plus ton intensité s'effondre quand la durée s'allonge, moins ton endurance intermittente est bonne. Buchheit a transposé cette méthode des travaux de François Péronnet et Guy Thibault sur la course continue.
Chez de jeunes handballeurs de pôle espoirs, dix semaines de jeux à effectif réduit (4 contre 4, séquences de 3 à 4 minutes) ont allongé les temps limites à chaque intensité, et la chute de l'intensité avec la durée est devenue moins forte. Autrement dit, ils tenaient plus longtemps, et ils perdaient moins en tenant longtemps.
Ces temps limites ont un usage très concret : individualiser la durée des séries. Au lieu de donner la même durée à tout le monde, Buchheit propose des séries d'environ 70 à 80 % du temps limite de chacun. Un sportif qui tient 10 minutes en 15 secondes / 15 secondes fera par exemple deux ou trois séries de 7 minutes.
L'outil a ses limites, que le livre de Paul Laursen et Martin Buchheit détaille pour les intervalles longs : le temps limite varie beaucoup d'un sportif à l'autre, sa mesure n'est que moyennement fiable, et elle est épuisante. Sur le terrain, la prescription au temps limite reste rare. Vois-la comme une piste d'individualisation, pas comme un réglage au millimètre.
Le dernier morceau du profil se trouve hors du 30-15 IFT : ta vitesse maximale de sprint. Mesurée sur 10 ou 20 m lancés, elle permet de situer ta réserve de vitesse anaérobie, l'écart entre ta vitesse aérobie maximale et ton sprint. Deux sportifs à la même VIFT peuvent avoir des réserves très différentes, et ne vivent pas la même séance à la même vitesse. Je détaille ce point dans l'article sur la réserve de vitesse anaérobie.
Buchheit utilisait aussi un indice d'explosivité simple : ta détente verticale (en centimètres) divisée par 10, moins deux fois ton temps sur 10 m. Sous 1, le profil est très peu explosif ; au-delà de 2,5, il l'est beaucoup. Sur 173 jeunes athlètes, la vitesse au 30-15 IFT était plus liée à cet indice (r = 0,73) que celle des tests continus classiques.
Le profil donne un ordre de priorités. Un sportif qui perd beaucoup dans les demi-tours n'a pas le même chantier que celui dont la récupération lâche entre les efforts, même si leur VIFT est identique. L'un a besoin de freiner et de relancer mieux, l'autre de mieux récupérer entre deux efforts.
Prends ces seuils comme des repères, pas comme un verdict. Ils servent à poser les bonnes questions avant de construire ta saison, et la réponse dépend toujours de ton sport et de ton calendrier. L'article pilier méthodes d'entraînement : où placer chacune dans ta saison montre comment je range ensuite les méthodes.
Ces indices sont précieux, mais il faut connaître leurs fondations. Les seuils sont statistiques, tirés d'une seule étude, et pas validés contre la performance en match. La population de départ est étroite : handball et basket, niveau régional à national. L'indice d'endurance intermittente repose sur un seul groupe de jeunes handballeurs. Le correctif des demi-tours, de son côté, est calculé sur un profil moyen.
Et chaque indice a un coût : un deuxième test complet pour les changements de direction ou la récupération, au moins trois efforts jusqu'à épuisement pour l'endurance intermittente. Dans une saison chargée, ce temps se prend sur l'entraînement.
Les variantes et les indices présentés ici sont l'œuvre de Martin Buchheit et de ses collaborateurs :
Passe le test en navette de 40 m, puis en ligne droite sur piste. L'écart moyen est de 2 km/h ; au-delà de 3 km/h, tes changements de direction sont très bons, sous 1 km/h c'est un point faible.
Compare ta VIFT avec ta vitesse sur une navette de 40 m courue en continu. Un écart de 4 km/h ou plus signale une bonne récupération, sous 3 km/h elle te limite.
Non. Commence par le 30-15 IFT classique. Les variantes servent quand tu veux comprendre ce qui limite ton score, et elles ont un coût en temps et en fatigue.
Deux sportifs au même score n'ont pas forcément le même chantier, et l'écart entre deux tests te montre le tien.
Si tu veux qu'on lise ton profil ensemble et qu'on en tire tes priorités :
Je travaille avec quelques sportifs en suivi individuel.
👉 Le questionnaire de prise de contact est là